| La relance de l'activité coutelière à Laguiole : une belle aventure !
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D. Druilhet et J.C. Luche réunis le 6 mars dernier pour honorer les figures du renouveau du couteau de Laguiole :
J.L. Cromières, P. Calmels et G. Boissins |
Tout commence en 1827 : M. Pierre Calmels crée le premier couteau de Laguiole, un couteau fermant aux formes courbes avec une lame forgée et un manche en corne. Ce couteau était apprécié du monde rural, avait de multiples usages et restait généralement dans la poche de l’utilisateur. L’activité artisanale créée par M. Pierre Calmels prospère et emploie des compagnons recrutés localement. Mais, à partir de 1920, les industriels de Thiers, sans doute mieux organisés, reprennent la fabrication du Laguiole et l’activité coutelière décline en Aveyron. C’est alors une longue traversée du désert pour les laguiolais et seuls deux revendeurs de couteaux (accessoirement monteurs) subsistent : Glandières et Calmels qui s’approvisionnent à Thiers. Pourtant le nom de Laguiole reste porteur. Ceux qui veulent un bon couteau, un beau couteau viennent à Laguiole et demandent … un Calmels !
Le patrimoine est ainsi préservé et permet d’engager dans les années soixante-dix des réflexions sur la relance de la coutellerie. Le Crédit Agricole avec son association, ARENE, à laquelle participe Aveyron Expansion, engage la réflexion. Après l’insuccès de négociations avec les Thiernois, la Municipalité de Laguiole s’empare du dossier en 1979/1980. Une « Association pour la relance du couteau de Laguiole » est portée sur les fonds baptismaux en juin 1981. Dans le prolongement, une étude d’opportunité est lancée avec l’appui financier de la Commune et du Conseil Général : elle donne un espoir pour un « couteau bijou » à destination des néo-ruraux en quête de leurs racines. Ce couteau doit être beau, de qualité plus grande et commercialisé différemment. Il peut être plus cher. Parallèlement, un Groupe de création accueille à la Chambre de Métiers 14 jeunes intéressés par l’activité coutelière. C’est la création de l’ADEFPAT, association de formation-développement présidée par M. Raymond Lacombe, qui permettra réellement d’entrer dans l’action. Créée le 4 novembre 1983, l’ADEFPAT agrée son premier stage en février 1984 permettant à six jeunes issus du stage Chambre de Métiers d’entrer en formation coutelière à Nogent. De cette formation découlent deux entreprises :
• L’une, très artisanale, avec un stagiaire à Estaing (entreprise éteinte depuis) ;
• L’autre, avec cinq stagiaires, et la création de la SARL Le Couteau de Laguiole. Elle aura jusqu’à 20 personnes avant d’être rachetée par la Forge de Laguiole.
Ces deux entreprises réalisaient des opérations de montage à partir de pièces originaires de Thiers. L’on peut réellement parler d’activité coutelière à part entière en 1987 avec la création de la SARL Laguiole qui se fixe pour objectif de fabriquer progressivement toutes les pièces du couteau. M. Christian Moulin, Animateur du Pays du Nord Aveyron, se forme et monte des couteaux dans son garage avant d’intégrer, en 1988, l’usine Starck flambant neuve sur le plateau de Laguiole. Peu après M. Gérard Boissins, déjà actionnaire, quitte la Chambre de Métiers et intègre l’entreprise. La SARL Laguiole, qui va devenir la Forge de Laguiole, va connaître une forte croissance et mettre sur le marché de nouveaux couteaux dessinés par des créateurs prestigieux. D’autres initiatives vont suivre à Laguiole :
• Des magasins de vente de couteaux,
• Des ateliers de montage,
• Le Groupe Laguiole Création/Laguiole Tradition qui deviendra la deuxième unité de production intégrée aveyronnaise.
La concurrence étrangère, les importations « sauvages », les incertitudes sur la Forge de Laguiole en 2005/2006 ont sonné le glas de cette croissance continue. La catastrophe a pu être évitée grâce à la mobilisation d’entrepreneurs locaux. La Forge est à nouveau sur de bons rails et redevient rentable malgré un contexte de crise. Les 200 emplois directs liés à la coutellerie et le dynamisme actuel du bourg de Laguiole contrastent fortement avec la léthargie des années soixante-dix. Les couteliers se mobilisent avec l’appui de la collectivité, du Conseil Général et d'Aveyron Expansion. Les premiers résultats sont la preuve que, collectivement, la réponse est possible. La coutellerie est désormais bien ancrée à Laguiole… L’aventure continue !
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